28/11/2011

toucher le bonheur!

véro et maman.jpg

( voici ma mère Alice et moi en 1968)

 

Ce matin, les émotions se bousculent dans mon cœur. Un grand moment se jouera. Alors qu'elle ne se doute de rien, je me prépare à la surprendre. Cette mère qui m'a mise au monde doit,  pour des raisons de santé,  laisser partir sa dernière jeune qu’elle a en famille d’accueil à temps plein  depuis maintenant 25 ans.

Elle a beaucoup pleuré ses derniers temps. Tout un deuil à faire !   Car cette petite après tout c’est presque une des siennes. Le cœur en berne, courageusement, ce matin elle quittera sa maison avec l'intervenante pour visiter la nouvelle famille d'accueil qui s'occupera de son dernier oisillon. Jamais au grand jamais, elle ne se doute que l'intervenante l'amènera chez moi. Sachant ma maison au bord du débordement, sachant que mon logis n'est pas adapté pour des soins qui demandent des installations particulières et connaissant la lourdeur de la tâche, sans rien dire, peut-être avec la peur de me mettre dans l'embarras, jamais elle ne m’a fait cette demande. Maman est comme ça ! Ce genre de femme qui ne dit rien et qui accepte ce qu'elle se doit de vivre....un exemple de courage !

Pensées miellées, j'ai de la difficulté à me concentrer. Toutes mes dernières actions du dernier mois se sont tournées vers ma mère. Un mois de cachette, de planification, de demande et d'attente pour en arriver là !

Deux complices, des intervenantes passionnées qui accepteront de garder le secret. Une qui fera tout plein de petits miracles pour réussir à donner SA place chez moi à cet oisillon.

 Gros tourbillon d'émotions...comme j'ai hâte de la voir réagir à la nouvelle. Témoins privilégiées nous serons les premières à voir défiler cette journée qui débute une nouvelle étape dans sa vie. Celle d'une retraite bien méritée ou d'un parcours de travail dorénavant bien plus léger.

 

Elle arrive… et même dans ma cour, elle n'envisage pas que c'est chez moi...elle demande calmement à l'intervenante si elle vient chercher des papiers chez sa fille en passant.   Doucement, lentement...l'intervenante lui dit : "Non madame Truchon c'est ici sa nouvelle famille d'accueil...." Elle ouvre la porte et me serre fort, si fort ! Dans la vie, il y a ces choses que l'on a le pouvoir de changer et celles dont le contrôle nous échappe mais même si en partant il y a peu de chance, je crois que si l'on y croit, si on ose, SI, SI, SI.....ça peux finir par arriver ! Notre oisillon en est la preuve.

Maman au bout de ma table pleure....pourtant cette maman n'a pas la larme facile et je vous jure que ça lui en prend en  « maususse » pour la voir si vulnérable ! Elle ne cesse de s'excuser et de dire que c'est le choc, elle ne s'en doutait tellement pas !

Quand elle me regarde je lis la reconnaissance, la joie, le bonheur mais surtout le soulagement. Je lui explique qu'il aura fallu bien de petits miracles et de petites fées pour y arriver et que comme j'avais peur que ça ne fonctionne pas, j'ai préféré me taire.....

Si elle savait à quel point ce fut difficile, moi qui dis tout à ma mère.....il en aura eu de l'anxiété et des tournures de phrases pour y arriver. J’ai ce sentiment divin d’avoir su lui donner le meilleur pour cette année !   J'ai tellement de respect pour elle, cette femme qui m’a tout montré, m’a offert le don de soi….j’ai cette chance d’avoir à l’intérieur de moi ces mêmes valeurs que les siennes.    Je m'incline devant cette mère qui m’a bâti toutes ces histoires d'invisibles qui t’accrochent le cœur et qui te permettent chaque matin de refaire le monde à  ma manière.   Cette mère qui s’est fatiguée à la tâche et à la longueur du temps passé à veiller sur chacun, m’a semé mon bonheur et m’a appris à le récolter. Apprendre. Comprendre. Mûrir. Devenir. Être et accepter que nous sommes ainsi faits avec ce besoin de donner....et c'est ainsi que l'on se sent vivantes !


Un jour à la fois, mettre un pas devant l'autre. Tomber. Se relever. Avancer. Au fil des jours qui s'effacent poursuivre notre chemin….et aujourd’hui elle me montre comment vivre cette fin de carrière qui était toute sa vie.  Alors j’ose espérer que notre choix d’avoir pris cette enfant si lourdement handicapée mais si lourdement aimée aura tout au moins pu alléger cette fin qui aura le goût bientôt d’un recommencement vers une nouvelle étape !  Bonne retraite petite maman que j’aime….que j’aime tant!

17/12/2010

Inséparables


Quelque chose de très étrange est arrivé au cours de mes 43 ans de vie.  Mes parents ont vieilli.  Ma fille  pense à quitter le nid.  Mais je n’ai pas vieilli !    Je sais que les années ont passé car je vois ce que je n’ai plus. Finis les jeans taille 6 ans dont je remontais la glissière avec une fourchette et les chaussures plate-forme avec lesquelles je parcourais des kilomètres.  Fini le visage lisse d’une jeune fille prête à relever n’importe quel défi et oublions une fois pour toute ce que veut dire avoir un ventre plat !    À la place, s’installe les petites pattes d'oie … qui insinuent que je suis mature.  Les pots de crème qui sont de plus en plus gros et je n’entends plus de "bonjour mademoiselle" mais bien "madame".   Pourtant je n’ai pas vieilli intérieurement, j’ai juste mûri.  J’aime encore les fugues à deux, me balancer dans un parc en cachette,  les nuits torrides qui s’éternisent même au petit matin, le chocolat en pleine nuit en regardant les étoiles … mais je suis plus calme en dedans de moi.   Je sais aussi ce qu’est l’essentiel et je connais maintenant ma force intérieure.  Je reconnais même que dans les moments les plus difficiles, la vie offre des cadeaux inattendus.  Pourtant, pour celle qui est en bout de ligne de mes mots, il  semble que je sois bien différente.   Est-ce la loi non écrite mais bien cimentée du rôle d'une mère ?   J’aimerais tant qu’elle sache que je la comprends.  Qu’en dedans de moi  je vis et ressens souvent les mêmes choses mais que je ne trouve pas les mots pour le dire…  

L’autre jour, mon ex-mari m’a téléphoné pour me donner le mandat de rendre moins triste ma fille qui venait de vivre SON premier éloignement de celui qu’elle aime.  Si vous m’aviez vu lui parler pour essayer d’alléger sa peine. Pourtant s’il y a une chose que je sais concernant l’absence de l’être aimé, c’est bien qu’en amour, les heures deviennent des mois, et les jours des années.  Que la moindre petite absence devient une éternité. Sait-elle que je la comprenais?… Aujourd’hui est comme hier mais je sais encore plus clairement que la vie est précieuse.  Elle peut être belle et douce mais elle est aussi pleine d'embûches, d'insatisfactions et d'obstacles.  



19:40 Écrit par veronique dans Amour | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : aimer, séparation, difficulté, blog, affection, mere, tendresse |  Facebook |

31/03/2010

A chacun son chemin....

Je n’arrive pas à écrire !    Parfois je manque de temps mais de ce temps-ci aussi je manque de mots ...  Une nouvelle réalité pour moi car habituellement tout se raconte constamment dans ma tête, ça en devient même fatiguant !   C'est ainsi que naissent de drôles d'histoires tissées à même mon quotidien.  

C’est que je suis triste, la tristesse m’enlève  les mots faut croire, barbouille et gribouille mes idées ce qui m’empêche de tout vous raconter. 


Il y a déjà six mois que j’ai sous mon toit monsieur silence.  Six long mois que j’ai passés à recevoir d’ abord son agressivité et sa colère puis sa tendresse et son affection.  Nous en avons parcouru du chemin lui et moi …Un chemin tortueux rempli de peine et de difficulté à s’adapter.  Mais depuis quelques semaines nous sentons enfin que nous avons acquis une belle vitesse de croisière.   Il accepte maintenant de laisser tomber sa rigidité et lentement mais sûrement il avance, évolue et change.  Sa mère me disait justement la semaine passée à quel point il était redevenu doux, plus facile… Le petit garçon qu’elle avait connu plus jeune.  Elle n’en revenait pas de la belle évolution acquise, du plaisir qu’il ressentait à revenir chez moi après un weekend chez elle et de l’affection spontanée qu’il avait commencé à me livrer.  Même son médecin était ravi de le voir enfin prendre du poids.  Franchement, j’étais bien fière de moi, toutes ses poussées, coups de pied et tapes reçus étaient du passé et cela n’avait pas été enduré pour rien !   

Entre sa maman et moi tout était clair et limpide, une belle complicité s’était tissée.  Chacune à notre façon nous nous complétions  pour offrir le meilleur à son enfant.   Notre façon de faire était cependant très différente : elle se disait très surprotectrice, alors que moi j’avais tendance  à pousser son petit vers l’autonomie, lui laissant ainsi plus d’espace d’action où se développer.   Elle le constatait et mentionnait que j’étais incroyable de réussir cela.  


Puis un lundi elle ne le rapporta pas tel que prévu, j’appris qu’elle avait pris la décision de cesser le placement volontaire de son enfant parce qu’elle n’arrivait plus à faire le trajet de trois heures pour venir le chercher et le rapporter. Sincèrement,  je compris son choix car moi-même je n’y arriverais pas.  Assumer toute cette distance à chaque fois pour le voir et le prendre un weekend ce n’était pas évident.  Mais le retirer sans permettre à chacun de ma maisonnée de dire au revoir  fut très difficile et ça m’a rendu bien triste. 


Pendant que les enfants écarquillaient les yeux de surprise lorsque je leur ai annoncé le départ de monsieur silence, j’ai bien vu dans les yeux de mademoiselle question la tristesse monter.  Quand j’ai parlé qu’il nous fallait maintenant nous habituer à cette nouvelle réalité, elle a bien acquiescé.  Mais une petite heure après,  assise sur mon vieux banc face à la fenêtre, dos voûté, de petites larmes coulaient sur ses joues.   Lentement je me suis approchée, je me suis assisse près d’elle en lui demandant ce qu’il n’allait pas et elle me répondit : "Rien Véro c’est la neige qui me déprime !"  Et je me permis moi aussi de laisser tomber de petits flocons de peine à ses cotés.  Puis, surprise de ma réaction, elle se blottit contre moi et me dit : "J’aurais quand même aimé ça lui dire au revoir…" Et en langage signé qu’ils ont si laborieusement appris au cours des six derniers mois pour lui parler,  elle me fit les gestes qui disaient "je t’aime…."


un ajout :

 

 

 

J'avais fini mon texte mais en ce mercredi sur l'heure du midi sa mère se présenta pour venir chercher ses effets personnels.  Dès son entrée, elle se montra émotive, justifiant son choix, me demandant comment les autres avaient appris la nouvelle.  Je ne savais pas comment j'allais recevoir sa visite, je lui en voulais  pour cette facon de cesser le placement mais lorsque j'ai croisé son regard, tout à l'intérieur de moi j'ai senti une chaleur intense qui m'a guidée .... J'ai d'abord clairement dit à cette maman que mes autres petits protégés auraient aimé pouvoir lui dire au revoir et celle-ci en pleurant proposa dans quelques semaines d'aller tous ensemble  manger au resto.   Elle ramassa toutes ses  affaires et me dit au revoir en fermant la porte...  Rapidement je l'ai réouverte et lui ai dit:  "Attends ! Ne quitte pas comme ça !" et j'ai tendu les bras.  Sans aucune hésitation elle est venue s'y blottir et larmes aux yeux, elle m'a écoutée lui souhaiter bonne chance et lui rappeler de prendre soin d'elle et de son petit !   

 Je suis fière de moi !  Fière d'avoir réussi à passer par dessus cette déception pour  donner plein d'amour à cette maman.    Je ne pouvais terminer cette étape de ma vie sans en offrir  encore un peu.    L'espace d'un moment,  j'ai semé de toutes petites graines d'affection qui je l'espère seront récoltées par ce grand garçon auquel nous nous étions déjà grandement attachés.  

15/01/2010

une séparation

Ici ça discute ferme… ma grand-maman sans sourire est de plus en plus perdue, nous envisageons un départ à moyen terme de ma famille pour un centre spécialisé où elle sera  en sécurité et  ou on répondra plus adéquatement à ses besoins.    Ça me rend triste, très triste.  Je sais très bien que pour son bien nous devons nous rendre vers cette évidence  mais c’est encore la perte d’un membre de ma portée et je sais que le jour où elle l’apprendra elle sera déboussolée et bien insécure.   Ça fait déjà un grand moment que je suis son pallier, sa référence et celle qui assume ce dont elle n’arrive plus à s’occuper.

La séparation est ce qu’il y a de plus difficile quand nous sommes maman d’accueil mais dès le départ nous savons que nous aurons un jour ou l’autre à le vivre.  Ces petits et grands  nous sont prêtés  pour rafistoler leur cœur sur période plus ou moins significative.   Des événements, une perte d’autonomie, un retour dans leur milieu naturel les font quitter à nouveau le nid.   Et ça laisse place à d’autres parfois  plus effrités, moins en forme, qui ont besoin d’encadrement et qui souvent sont bien marqués. 

Quand je dresse le sillage de ma grand-maman, il  résonne des pas perdus dans l’ombre de sa mémoire.    L’Alzheimer est une bien grave maladie,  perdre ses souvenirs est à mon avis une des  plus grandes pertes que l’humain puisse subir.   Quand l’écho de ton cœur devient le seul souvenir puissant,  quand se glissent de tes cheveux gris ces moments que l’ont croyait gravés, quand l’ombre galope sur ces personnes chéries de  notre enfance, quand nos  photos deviennent floues et que les noms n’existent plus, l’humain s’éteint comme une flamme qui se noit dans sa cire, et je pleure le désespoir de voir une vie de souvenirs disparaitre avant même qu’on l’ait mise en  terre.

J’ai du temps, un peu de temps pour me faire à l’idée et bientôt je porterai mon sourire rassurant, je choisirai mes mots comme je choisis mes belles robes pour un moment important  et je  lui broderai des étoiles d’un autre monde pour l’aider et la soutenir vers son départ. 

Et je ne laisserai derrière elle que la trace de notre sillage qui  ne s’effacera que trop rapidement car sa mémoire a des ailes, qui fuguent au gré du vent….