17/11/2009

l'homme aux deux femmes !

solitude.jpg

Il n’y a pas de mot pour définir la douleur de l’être, certaines  personnes dessinent  leurs bonheurs et leurs malheurs au fusain tellement les traits deviennent gras et foncés, d’autres effilent une légère trace qu’on ne perçoit que peu, pourtant à l’intérieur… c’est souvent d’énormes tempêtes qui les jettent et rejettent  propulsés par le ressac de leurs vagues intérieures.   J’ai passé ma vie à côtoyer la douleur et l’échec par choix,  pour aider, soutenir, donner une chance…celle de se reprendre en main, de changer, de grandir.

  Il n’était pas très vieux, dans la trentaine, un homme qui paraissait bien, qui avait un avenir, un bon travail, de l’humour, une femme qu’il aimait et une petite fille d’à peine deux ans.

La première fois que j’ai vu ce monsieur, c’est son regard qui m’a accrochée.  Il était vide, je percevais l’ombre dans ses yeux.   Il buvait du matin au soir, la raison de son besoin de boire n’était pas claire, bien que j’ai eu de nombreuses conversations avec lui, il n’arrivait point à nommer le pourquoi de son alcoolisme.   Il parlait peu de lui, que d’elles.  Cette petite femme qu’il aimait et cette petite fille qu’il adorait.   C’est pour elles  qu’il voulait cesser, pour ne pas les perdre, pour continuer à être près d’Elles, ses femmes comme il le disait!   Quand il parlait d’elles j’entendais encore battre la mer au fond de ses yeux, et j’apercevais sa plage se parer de galets  merveilleux.   Je le sentais fragile, fatigué mais sa volonté de s’en sortir était là une volonté forte comme une tempête de vent en plein hiver qui vous fouette  l’intérieur et qui littéralement vous emmène avec lui, on ne pouvait pas ne pas y croire.   Il se racontait jour et nuit, se déshabillant de son tapis de neige et de froid, sa glace intérieure  fondit comme neige au soleil et ses larmes lavèrent doucement son âme.  A son départ, il se sentait prêt, en fait il était prêt à tout sauf à trouver la maison vide, à vivre la solitude et à assumer la perte due à ses abus passés.  

Il se mit à me téléphoner après son stage,  j’étais selon lui celle qui le connaissait le mieux, qui savait comment le conseiller.   Mon travail était fait, je n’avais plus à le soutenir puisqu’il avait un intervenant externe pour cela mais je le sentais si seul, si triste et si découragé qu’il m’est arrivé de l’écouter, plus il avançait plus il s’enlisait dans la glaise.  Les petits soucis devinrent des lacs et les gros des océans.   Il n’arrivait pas à voir clair, à s’en sortir.   Un jour il me dit que j’étais sa dame du sommeil  qui  contemplait  de mon  balcon la nuit de son  cœur.   Je me sentais bien ridicule à n’offrir que réconfort et écoute.   Mais  nos conversations semblaient le calmer, le mettre un peu plus loin que sur le rebord du cap auquel il devait faire face.  J’avais parfois peur qu’il finisse dans le vide. 

  Mon équipe commença à se plaindre du temps que je lui accordais me ramenant au fait qu’il devait prendre son support ailleurs que vers moi, j’ai commencé pour avoir la paix extérieure à ne pas retourner mes messages quand ils étaient de lui. J’ai fini par trouver cette paix extérieure mais contre la perte de ma paix intérieure car je savais qu’il serait face à lui-même et que cela serait très lourd, trop peut être !  J’avais la sensation de ne pas avoir amené à bon port ce monsieur, je me disais que j’aurais dû l’accompagner graduellement  à son rythme vers le soutien de son milieu.  Quoi qu’il en soit un jour à mon retour de vacances, j’appris qu’il s’était enlevé la vie, buvant jusqu'à ce qu’il crève, laissant comme missive que sans elles rien n’était possible.   ....

Cette nouvelle me bouleversa et je fis de mon mieux pour le cacher devant mes collègues.  Puis  en entrant dans mon  bureau  je vis un vieux message de lui qui  trainait avec comme date de l’appel celle du jour de son décès.    Sans m’expliquer pourquoi je me souviens de l’avoir chiffonné et glissé dans ma mallette  au lieu de la poubelle.   J’eus beaucoup de peine en pensant à sa fin, en entrant chez moi ce soir là , je me suis fait une tisane, je m’assis dans ma véranda face à la mer,    et  en prenant le temps,  j’ai regardé les vagues se débattre dans les dernières lueurs du jour, imaginant comment il avait dû souffrir, agonisant dans son eau de vie et sa solitude.....

 Chacun fait ses choix dans la vie, il avait fait les siens, il partit dans un silence magique sans trace ni couleur de sa souffrance,  seul dans sa maison de rêve qu’il avait bâtie pour ses douces.   Je ne crois pas que j’aurais fait la différence au point de le sortir de son abîme mais j’appris une chose essentielle ce jour-là… je me battrai dorénavant  toute ma vie pour ma paix intérieure et pour ce que je crois être nécessaire.   L’humain prévaut sur des dossiers, l’humain vaut bien du temps et de l’écoute qu’importent les règles établies, et le temps normalement prévu pour orienter quelqu’un.   Et quand il m’arrive de l’entendre  se raconter dans un brouillard de souvenir  je constate encore aujourd’hui que l’écume de ses rêves, a laissé sur mes lèvres…ce goût subtil de la neige.

.. ..

13:45 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (25) |  Facebook |

Commentaires

Il n’y a pas de mot pour définir la douleur de l’être. Comme c'est vrai et je pense que certain d'entre nous sont plus sensible que d'autre à cette douleur.Je comprend comme il a du être difficile d'accepter de ne pas avoir pu empéché cela.
Et cela fait mal de penser au désespoir de cet homme qui a trouvé plus facile d'arréter de vivre.
Bizz et bravo encore pour ce travail magnifique.

Écrit par : martine | 17/11/2009

Tu as fait un travail magnifique ! Tu n'as rien à te reprocher. Quand je lis ton billet, je me dis qu'il a eu la chance de te connaître, tu as apaisé un peu sa peine...
S'il buvait c'est qu'il était déjà en détresse.
Et pour son épouse cela ne devait pas être facile tous les jours.
Il a fait son choix, j'espère qu'il est en paix là où il est.
Magnifique ton blog.
Bien à toi

Écrit par : Mousse | 17/11/2009

Tu le porteras dans la douleur toute ta vie, et il ne sera pas tout à fait mort. Il a laissé son goût de neige, cette neige dans laquelle il s'est couché pour mourir.

On porte tous des manteaux neigeux comme celui-là. Mais tout ce qu'on aurait pu gagner n'aurait en fait été qu'un sursis de plus. Ces malheureux dansent amoureusement avec la mort, et ils le savent. Danse parfois cruelle, mais envoûtante, un refuge, une cachette de la vie et tout ce qu'on pourrait y perdre.

Tu as fait ce que tu pouvais pendant qu'il était là, et tu as compté. Tu comptes. Il compte. Il en sait plus, maintenant ...

Écrit par : Edmée | 18/11/2009

ta plume est vraiment fantastique!
le liens avec ton coeur et ta passion est évident, bye.

Écrit par : marc | 18/11/2009

Hello Je suis repassée lire ce texte qui me bouleverse à chaque phrase. Pourquoi ? je sais pas trop.
Peut être parce que raconté merveilleusement bien alors qu'affreusement triste.
Bonne journée

Écrit par : martine | 18/11/2009

Bonjour..Véro J’espère de tout mon cœur que tu vas bien ce matin,mais ça a du être terrible pour toi à l'époque, tu as du ressentir ça comme un échec,alors que ce monsieur était déjà propice à en finir avant de te connaitre...c'est ingrat, d'aider les autres, on n'en est pas souvent remercié a sa juste valeur !
Je te souhaiter une bonne journée, pleine de joie et de bonheur…Et t’envoie plein de gros bisous

Écrit par : Chadou | 18/11/2009

TRES TOUCHANT très touchant d'autant plus que réel ,tu n'as absolument rien a te reprocher ton soutien là certainement aidé a prolonger un peu sa vie mais il savait très bien qu'il ne se sortirait pas de ce poison que l'alcool et s'il a décidé de finir avec ce monde s'était son choix personne n'a le droit de le juger car cet homme était dans une souffrance terrible il aimait certes sa femme et sa petite fille mais s'il en était arrivé là s'est qu'il y avait quelque chose plus grave dans son esprit et il devait être très sensible au point de ne plus vouloir vivre cette vie qu'il n'avait plus envie de suivre malgré l'amour de "" ses deux femmes ""
tu sais j'ai perdu un ami que j'ai aidé comme j'ai pu bon pas de la même chose du sida et bien les derniers temps il refusait de se soigner parce que disait il j'ai 60 ans j'ai vécu comme j'ai voulu cela ma suffit assez voila tu peux voir sa photo sur mon autre blog il est heureux maintenant car il a du retrouver son ami de toujours
BONNE JOURNEE
GROS BISOUS
ET SURTOUT TOI TU LUI AS APPORTE BEAUCOUP ET CA CELA DOIT TE RASSURER
DANY
FRUITS CONFITS

Écrit par : fruitsconfits | 18/11/2009

un vieux souvenir qui me revient en te lisant qui ne s'efface pas... Le 18 Novembre de l'an 2000 mon époux s'en allait sans souffrance au Paradis ..

Écrit par : tootsie | 18/11/2009

Bonjour Véronique Une bien triste histoire,
Tu sais,il est peut-être
heureux là où il est ...
Tu n'as rien à te reprocher,
tu l'as écouté,tu lui as parlé,
tu lui as fais du bien voila tout....
Bon mercredi à toi,
Bises de Mimi.

Écrit par : Mimi du Sud | 18/11/2009

Bonjour mon amie Véronique Bonjour mon amie Véronique
Non il n'existe pas de mots pour la douleurs et les combats contre la maladie la souffrance , mais les gestes l'amour que l'on peu leurs donner leurs donnent cette forces et des personnes comme toi mon amie véronique sont des trésors et leurs réconforts, tu as du coeur beaucoup ry je te remercie de ces pages si chaleureuses que tu mets en lignes
La douceur toujours présente nous accueille ce matin, toujours que très peu de temps en se qui ne concerne pour en profiter mais c’est avec un grand plaisir que je le prends pour commencer cette journée en passant chez-toi
Je te souhaite un mercredi merveilleux pour toi mon amie Véronique et tous ceux qui te sont chère que cette journée t’apporte au fil de ces heures bonheurs douceurs, santé, et joies et je t’envoie de très gros bisous de toute mon amitié
Maurice

Écrit par : Maurice | 18/11/2009

Bonjour Véronique Une histoire bien triste Véronique ou tu as fais beaucoup et de la chance de t'avoir connue.Il a fait son choix et tu n'y peux rien. Bisous et passe une bonne journée.

Écrit par : Michel | 18/11/2009

Bonjour Véronique Cela prouve qu'il est bien difficile d'empêcher quelqu'un de se détruire.
A chacun sa destinée.
Bisou jazzou
Duke

Écrit par : DUKE | 18/11/2009

bonjour véro oui dur de voiloir tendre la main et ont arrive pas tout les jours tu sais
et sa nous rend triste tout sa
gros bisous ma véro et bonne soirée
dany

Écrit par : dany | 18/11/2009

Bonjour ma petite pie préférée (parce que tu l'es,par ton courage ,ton coeur débordant d'amour et ta bonne humeur malgré les aléas de la vie)
Je n'ai pas pu venir avant j'ai ma petite chienne bouledogue qui est très malade ,depuis deux jours nous luttons pour sa vie !!!
Je suis terrassée par ton article j'ai connu cela il y a 6 semaines ,un jeune de 44 ,ans que je suivais depuis presque deux ans avec son psy ,il déprimait ,mais je ne savais pas pourquoi ,belle situation une femme et un fils de 18 ans ,bien qu'il avait des parents ,il m'appelait "sa mam de coeur" j'étais sa maman adoptive et avec beaucoup d'amour ,ma fille et moi l'avons remis sur les rails ,lui enfant unique il appelait ma fille "ptite soeur" et depuis son retour de vacances il a changé ,sa femme et lui étaient toujours chez moi etje les emmenais partout ,il semblait redevenu heureux ,mais à son retour de vacances tout a basculé ,je le voyais rarement ,je lui téléphonais chaque jour et un jour son fils m'a appelée ,il venait de se donner la mort par pendaison ,j'ai cru que j'allais mourir car je m'étais tellement attachée à lui ,et ton récit me replonge dans ma douleur !! a laissé une lettre dans laquelle il écrivait qu(il était devenu homo et que son copain l'avait laissé tomber voilà l'horreur !!!
Un très bel homme et excessivement gentil !!!
B onne soiré ma puce et une très douce nuit
Il ne sert à rien de se culpabiliser la vie continue et ta famille a besoin de toi et même si tu l'avais suivi jusqu'au bout,il se serait quand même donner la mort parce que sa vie n'avait plus aucun attrait ,et que chacun est responsable pour soi même ,ne fais pas comme moi ,je souffre encore alors maman courage reprends ton baton de pélerin ;tes petits oiseaux ont besoin de toi,C'eatit inéluctable alors courage ma ch"rie
Je t'embrasse très fort avec toute ma tendresse Ton amie de coeur MEL
PS : je te donnerai des nouvelles de notre futur voyage au Canada,propablement en septembre si Dieu le veut et si il nous prête vie

Écrit par : MEL-and-tof | 18/11/2009

continue a etre toi meme que c'est beau, et pas évident, comme moi tout donner a ceux que l'on aime meme si ça peut nous detruire. Mais que c'est beau lorsque l'on apprend que l'on a aidé une personne a ne pa faire de bétise, j'ai appris a ne plus écouter les personne qui me disait de tout laisser tomber.
je prefere ma conscience a la leur.
alors contiue a etre toi meme et te laisse pas guider par les autres.

Écrit par : nathalie (des-roses-et-des-epines) | 18/11/2009

Coucou Véronique Je suis passée voir si tu avais tourné la page ...
Bonne soirée. Bizz

Écrit par : martine | 18/11/2009

Bonsoir Quelle bien triste histoire. Il n'est pas toujours facile de savoir ce que l'on doit faire.
c'est un très joli blog où je reviendrais me promener et lire tes textes. Merci de ton passge chez moi.
A bientôt.

Écrit par : Tricotine | 18/11/2009

AWESOME BLOGGER Ben voilà , je te l'attribue aussi, je pense que tu le mérites amplement.Et si tu ne donnes aucune suite je le comprend,cela ne me contrarie pas du tout. J'espère que ta vie se passe bien....

Écrit par : martine | 19/11/2009

Bon jeudi mon ami Véronique Bonjour mon amie Véronique
Le soleil est présent et cette belle saison nous offre toute sa beauté j’espère qu’il en est de même chez-toi et que tu vas bien ?
Un jeudi plein de douceurs pour toi mon amie que ce jour te donne santé, bonheurs et joies à toi et toute ta famille, je t’envoie de gros bisous de toute mon amitié et te souhaite un jour merveilleux
Maurice

Écrit par : Maurice | 19/11/2009

Bonjour véro un texte poignant qui me rappelle aussi ma détresse de la semaine dernière
eh oui on se fait des reproches mais je pense que nous ne faisons que retarder l'échéance ...et pourtant cette culpabilité est encore en moi...le fait d'avoir ignoré les derniers appels au secours de mon ami je me suis promise de ne plus ignorer quitte à en souffrir
tout gros bisous véro (je ne sais plus si tu avais vu mon post ou pas mais...ouf il me reste sa compagne avec qui nous gardons des contacts et ça c'est important aussi
et oui foutue grippe toujours de la fièvre et de la fatigue au point que je me demande quand je verrais le bout !

Écrit par : Anne | 19/11/2009

Bonjur ma puce
Pas de souci ,nous voyons pour les dâtes ce week-end nous nous sommes renseignées ma fillr et moi en payant maintenant ce serait ùoins cher mais le vol est Montréal ,,je voudrais faire les grands lacs et ensuite partir sur le québec est-ce que c'est loin ?
Jusqu'à dimanche c'est au stade à savoir la destination
Comment vas-tu ma puce ?
prends soin de toi ma chérie ,tes peits oiseaux ont besoin de toi !!!
Ma petite chienne cela suit son cours ,ma fille et moi la surveillons bien ,c'est surtout la nuit que je crains
Voilà les nouvelles ma douce
Je te souhaite une bonne journée
Je te fais des énormes bisous avec toute ma tendresse
MEL

Écrit par : MEL-and-tof | 19/11/2009

Bonjour Véronique ........et pour le style de danse je te laisse le choix.
Bizzzzzzes musicales jazzy.
Duke

Écrit par : DUKE | 19/11/2009

Bonjour Véronique juste un petit coucou,pour te
souhaiter une bonne journée.
Bises de Mimi.

Écrit par : Mimi du Sud | 19/11/2009

Bonsoir Vero ,j'ai relu deux fois le texte sur ce monsieur qui est parti dans la douleur ,c'est une histoire tres triste
j'essaye moi aussi d'aider mon prochain tout en sachant que nul ne peux se mettre a leur place c'est tres difficile
je t'dresse toutes mes felicitaions c'est du grand art
bisous

Écrit par : Andre | 20/11/2009

kicou véro j aime bien te lire
bon week-end a toi et ta petite famille**bisous de
dany

Écrit par : DANY | 21/11/2009

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