11/10/2009

la chasse...

pays-41


Souvent les dimanches après-midi d’automne ma mère devenait harceleur !
Son but : me forcer à accompagner mon père à la chasse au petit gibier.
Et je dois avouer que je cédais toujours pour éviter de voir le chasseur quitter seul dans les bois.
De plus j’adorais ces marches dans la forêt où l’odeur de sapin et de cèdre enrobait mes pas.
Ses feuilles étendues à mes pieds comme un tapis offert à une princesse, la princesse aux cheveux dorés comme il m’appelait.




Suivant sans un mot, j’avançais lentement derrière mon père.
Je regardais son dos fort et droit, le creux de son cou où j’aimais tant laisser un baiser et cette casquette orangée qu’il portait même si elle était toute défraîchie.
Je fixais souvent son arme avec un mélange de peur et de dégoût.


Mon père était bien médiocre pour la chasse, il tirait souvent mais n’atteignait rien….J’en avais pris l’habitude et chaque fois je lui disais mes petites phrases préparées pour le réconforter ; il devait les connaître par cœur….
C’était toujours la faute de tout sauf du tireur….et lorsque qu’il se remettait à marcher j’arborais un petit sourire qu’il n’a jamais vu.

Je n’oublierai jamais ce jour du tir fatidique, une seule balle et mon père devenu l’ennemi !


Je me souviens de ce lièvre roux, blessé, les oreilles couchées sur le dos, sa respiration accélérée.
Son regard, puis ses cris, on aurait dit les pleurs d’un enfant.
Je vois encore mon père achevant sa vie d’un coup de crosse et j’entends le craquement de son cou sous l’impact.



Puis mes larmes coulantes, chaudes sur mes joues fraiches...
De mon premier discours face à mon père :

"Ils sont vivants, et ils sont sur terre, comme nous !
Qui oserait prétendre que la nature de notre vie est différente de la leur ?
Et s’ils étaient sur Terre pour les mêmes raisons que nous ? Il suffit papa de croiser le regard d’un animal pour le comprendre ou d’assister à la joie folle de notre chien Rex quand il nous retrouve. Rappelle-toi de la crainte de Rex quand il savait qu’il allait mourir papa, quand il nous appelait de ses yeux à son secours….Ne te souviens-tu pas ?"




Il s’est levé, a pris sa main et a caressé ma joue, il m’a souri et il a dit "en route"….
Le chemin du retour fut lourd comme ma déception et ma tristesse.
Je suis retournée souvent après à la chasse avec lui mais il était devenu mon ennemi. À chaque fois qu’il dénichait un lièvre ou une perdrix, j’étais la première enrhumée ou je m’accrochais les pieds bien volontairement.
Il se mit à se fâcher contre moi, je me suis mise à lui parler durement mais jamais au grand jamais il a renoncé à m’amener à cette chasse.



C’est à mes 35 ans qu’il m’en a reparlé.
Il m’a alors avoué qu’il savait tout et que même si toutes ces parties de chasse se sont avérées vaines, il n’aurait manqué cela pour rien au monde.
Il dit : "Tu sais Véronique, ce jour-là j’ai vu que tu devenais une femme et que tu te questionnais et juste pour cela ça en valait le coup.
Tes croyances et tes valeurs se dessinaient et ton affirmation prenait place.
Dans ce monde, il fallait que tu apprennes à débattre tes convictions et tes valeurs….je suis ravi d’avoir été celui qui t’a permis un jour de devenir la femme que tu es."



Je me suis mise à pleurer car je me souviens très bien de l’enfer que j’ai pu lui faire vivre dans ce début d’adolescence et des regards de haine que j’ai posés sur lui dans cette période si difficile.
Alors mon vieux père s’est levé et doucement il m’a caressé la joue en me souriant et m’a dit "En route ! Viens je te montre mon jardin!"

 

( voici un petit texte composé depuis déja un moment....presque du réchauffé mais je le dédie à papa qui vient tout juste de débuter sa petite chasse....avec toute mon affection...Véronique xxx)

 

18:01 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

bonjour Tout simplement très beau ton blog!et cette musique en plus...une vraie ballade!félicitation!@plus...amitié

Écrit par : Paty | 11/10/2009

Chasseur d'images, de vérités de sensations et d'experiences... C'est notre cas a tous et le chasseur ou le gibier ne sont pas toujours ceux qu'on croit!

Écrit par : geomichel | 12/10/2009

Si c'est du réchauffé, ça reste excellent.
J'aime ta façon d'amener la réflexion et ton art de raconter. Je ne pourrais moi-même chasser,car j'aime trop les animaux. Pourtant je dois avouer qu'il m'arrive de manger du gibier, dont je raffole quand il est mariné.
Mais là n'est pas le propos dans ton texte: devenir adulte, oui, c'est se questionner, apprendre à peser le pour et le contre, et savoir dire non.
Je t'embrasse Véro.

Écrit par : edouard | 19/10/2009

Plaisant de le relire Plaisant de relire ce texte et tellement bien décrit qu'on peut imaginer encore une fois les scenes dans notre tete et presqu'entendre ce craquement d'os..De mon coté je suis pas un chasseur né....xxxxxxxx

Écrit par : Daniel...xxx | 23/10/2009

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