29/09/2009

la communication !

 Du haut de mes trois ans j’essaie de tout comprendre, je veux  communiquer.   Parfois il m’est bien difficile de tout assimiler mais qui ne tente rien n’obtient rien et me voilà qui essaie de séduire ma grande sœur : "Tu sais tu es la poubelle du monde! "   "Mamannnnn!!!!  Mon petit frère m’a traitée de poubelle!" ....."Non! Non! Maman je lui ai dit qu’elle était jjjjjjjolie!"  "Il te disait que tu étais la plus belle du monde!" "AHHHHHH! Comme il est chou!" 

C’est ainsi que mon gamin a débuté  son mode de communication.  A sa façon,  il nous donnait de multiples qualités telle que "tu as la peau d’ours" au lieu de la peau douce... bref c’était à croquer et extrêmement séduisant ! 

Aujourd’hui son vocabulaire est très clair et il ne fait plus d’erreur dans sa façon de dire les choses mais il m’arrive souvent encore de me souvenir de ses nombreux jeux de mots et de sourire.    Ma nièce aussi aimait bien tout communiquer à sa façon elle dévorait des pe…tchips au lieu de croustille et elle ne voulait rien entendre de corriger son mot! 

La communication  est l'action, le fait de communiquer, d'établir une relation avec autrui, de transmettre quelque chose à quelqu'un.  Lorsqu’on fait lecture d’une définition c’est très clair et pas compliqué mais dans la vie de tous les jours c’est loin d’être aussi simple.   Encore davantage si nous sommes atteints de déficience ou d’autisme.  Une de mes fées est autiste et c’est probablement son plus grand problème dans la vie.  Comprendre, communiquer, établir des relations avec autrui et en ressortir gagnante est un énorme défi de tous les jours.    Elle ne peut comprendre les nuances d’une communication.   Souvent, elle se sent frustrée, incomprise et elle parle d’injustice alors que c’est loin d’être le cas.  Voici un petit exemple, ma fille lui avait prêté son chargeur pour i pod.  Ma douce arc-en-ciel  avait donc utilisé celui-ci toute la semaine.  A la fin de la semaine ma fille en avait besoin,  elle lui demande donc son fil de chargeur.  " Je ne l’ai pas !"  "Si tu l’as je te l’ai prêté!!"  "Non, non je ne l’ai pas"…."mais oui je te l’ai prêté….maman !!!! Elle en a fait quoi ? J’en ai besoin moi !"  Mon arc-en-ciel  se sent frustré,  ma fille aussi et la tension monte rapidement.  J’interviens donc…"Où est le fil ?  A l’ordi moi je ne l’ai pas !"    Vous voyez la complexité de la chose…..aucune nuance….impossible pour elle de dire "je l’ai emprunté mais il est resté en bas à la salle d’ordinateur, tu le retrouveras là !"   Imaginez donc le quotidien pour ma fée et elle n’a pas compris pourquoi ma fille était frustrée.  "Elle ne m’aime pas !"  "Mais si elle t’aime"…"Non elle a parlé pas contente !" "C’est qu’elle croyait que tu avais perdu son fil."  "Je ne l’avais pas bon !!!" 

 

Nous sommes des adultes et nous avons souvent de la difficulté à dire nos émotions, à les gérer et à afficher parfois clairement nos états d’âmes …. imaginez la complexité de la chose si en plus nous avons une déficience.    Une soir une petite fée me raconta qu’elle aimait un garçon à son école.  Je lui ai donc demandé si elle lui en avait parlé.  Sourire radieux, épaules relevées elle me lance :  "Oh non ! Les gars ne comprennent rien à ça !"  "Comment ça ma grande ?" "Ben après il voudra des becs, me tenir par la main et être  toujours seul  avec moi.   Moi j’aime mieux faire des papillons avec mes yeux et le regarder courir pour me parler chaque matin !"

  La communication est peut-être plus complexe mais mes fées se débrouillent très bien pour assurer leurs besoins et mettre leurs limites….comme quoi parfois….hein ? 

14:24 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/09/2009

l'automne chez les ogres...

La saison passe et s'efface.  Nous voici donc à faire nos premiers pas dans l’automne.   J’adore l’automne pour ses couleurs, sa fraîcheur et ses jours de douceur mais c’est une saison fort occupée où je dois m’affairer à me préparer pour l’hiver.  Rangement extérieur, rentrée scolaire, ramasse de jardin, habillement pour la nouvelle saison avec ses achats et tuerie de poulet de grain et de bœuf pour remplir notre congélateur.   Bref, c’est une période où je mets en pot légumes et fruits de saison, où l’odeur de confiture flotte souvent dans la demeure au grand plaisir des petits nez bien aiguisés de chacun de ma poêlonnée!

 Actuellement il ne reste encore  que deux ou trois fins de semaine et cela devrait être terminé. D'ici que l'hiver ne s'installe l'on devrait être passés au travers.  Il aura fallu beaucoup d’énergie et très peu de télévision pour y arriver comme à chaque année.  Mais c’est une période que j’adore, je me sens comme un tout petit écureuil qui garnit son nid !     Sauf que le nid ici est surpeuplé d’oisillons affamés.     Observatrice de nature, je comprends de mieux en mieux les tenants et aboutissants de mon environnement. Je sais qu’il me faut tout comme ma grand-mère cuisiner, mettre en pot et conserver mes victuailles pour un agréable hiver.    

Une bonne partie de mes sorties se font à l’épicerie.  Endroit où j’achète toujours en plus gros  que tout l’entourage que je côtoie là-bas.  C’est en poche que s’achètent farine, sucre et riz et quand je dis poche je parle de celle qui s’affale toujours de chaque côté du gros panier et qui fait de moi la miss musclée du quartier.  

Je suis donc alignée derrière une panoplie de paniers en attente de  payer, quand je l’entends.    Elle se délecte à me donner des surnoms en lien avec mon panier… « Elle doit nourrir des dinosaures….c’est peut-être la femme de Fred caillou?... Elle envisage  de ne ressortir qu’au printemps?...Est-ce que son mari est un ogre? »  Toutes ces observations  dégringolent en remarques  et elle se fait de moins en moins chuchoteuse qu’à ses débuts…. Elle parle fort et recherche l’attention des autres.    Je n’ose même pas  me retourner, j’entends quelques petits rires discrets…..et malgré moi j’emmagasine dans ma  petite tête ses remarques.   Mes joues  s’écarlatent comme de belles pommes d’automne.   Cette dame  est une petite bavarde qui ne connait guère le silence.  Plus le temps s’allonge en attente plus elle se montre provocatrice face à mon panier. 

Puis un vieux monsieur, l’air de rien, se retourne, regarde mon panier, regarde la dame souriante et lui lance : « Vous savez chère dame pour faire des biscuits comme vous avez achetés tout faits ça prend du sucre comme ceci et de la farine comme cela !  Des œufs aussi, de la graisse et du chocolat !   Une famille se nourrit avec de la viande….plein de viande…vous n’avez pas de famille vous…vous qui n’avez que de la salade ?   Juste quelques petits  lapins ?   La dame à son tour rougit et je perçois son inconfort.    Un clin d’œil m'est lancé par le monsieur qui me demande combien j’ai d’enfants ?  Ce bon vieux monsieur est si heureux d’apprendre que ma maison  a habituellement entre 10 et 12 bouches à nourrir….il me raconte son enfance, élevé avec 12 frères et sœurs….Tous écoutent avec un silence religieux .    Mon panier n’aura  jamais été aussi léger que ce jour où j’ai connu monsieur Tremblay !

  Je vous ai laissé mon adresse de blog, si vous passez merci….mille merci et des baisers à saveur de biscuit !

19:59 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

15/09/2009

Maman courage…

C’est par grain de poésie que j’aime colorer mes écrits sur ma vie.  C’est en tirant des leçons,  que je partage,  que j’aime grandir et vous le dire….C’est en prenant le temps d’aimer que j’offre mes plus belles volontés et je ne crois pas que vous ayez besoin de vivre mon quotidien pour comprendre mon chemin….. Quoique pour les besoins de la cause je vous offre aujourd’hui une parcelle dans ma vie. 

Vite je cours….il me faut réussir à préparer tout ce beau monde de ma maisonnée pour les amener voir une parade!  La parade des chapeaux de l’école de mon fils…   Oh rien de bien flamboyant et d’époustouflant des chapeaux faits avec des sacs de papier brun sur la tête d’une centaine d’enfants qui déambuleront dans quelques rues pour ainsi souligner le début de l’année scolaire.    A la toute dernière minute une petite feuille jaune s’est glissée dans le cahier de leçon de mon fils….c’était notre invitation.   J’étais bien triste de devoir annoncer à mon petit que je ne serais pas là puisque j’avais une rencontre importante et que je ne pouvais pas encore une fois me diviser en deux.   Il a compris tout de suite !  "Je sais maman tu dois voir une intervenante pour quelqu’un!"

Encore une fois ça me gargouille dans l’estomac….j’aimerais tant y aller….j’ai la sensation que je dois y aller….et la vie fait que je vais y aller….puisqu’à ma surprise l’intervenante a un contre-temps et annule à la dernière minute!   Je cours donc dans tout les sens pour arriver à temps avec cette sensation que je ne peux pas être ailleurs, que je dois y aller. 

C’est donc en sueur, fatiguée et sans aucun artifice que j’arrive sur les lieux.  Mon fils joue pendant sa récréation et comme il ne m’attend pas il ne regarde pas parmi la horde de parents si je m’y trouve.  C’est grâce à un ballon échappé qu’il m’aperçoit,  il crie et rie de bon cœur en gesticulant rapidement : "tu ne devais pas être la maman!!!  Regardez les amis c’est ma famille!"    Ma fée des sourires est ravie de le voir ainsi radieux face à notre initiative de dernière minute.  Alors que ma mamie sans sourire affiche son sourire pour une rare fois !  Puis la parade débute et tous les parents assemblés accompagnent gentiment près de leurs enfants en marchant.   De mon côté, je ne le peux pas car j’ai ma fée des sourires qui a peine à marcher à cause de son ataxie.  Il le devine avant même que j’en parle, il me crie "Maman on se verra au retour… bisou!"   Puis nous regardons la parade s’éloigner.   Après le départ du cortège il ne reste que nous trois et au loin à l’autre extrémité de la cour d’école une autre personne est assise par terre.   Je ne lui donne que peu d’attention, je vois au loin une femme qui a un foulard sur la tête et qui est assise.  Je m’éloigne un peu de mes deux accompagnatrices  pour essayer de voir le cortège qui est dans la rue plus bas  entre deux maisons et je constate que cette dame fait la même chose, c’est donc notre envie de faire de grands signes à nos enfants qui nous rapprochent.    Spontanément elle me dit : "j’aurais aimé l’accompagner mais je n’y serais pas arrivée, je n’en ai pas la force."   C’est à ce moment-là que je l’ai regardée droit dans les yeux, juste une seconde….des yeux bleus à couper le souffle.  Une belle maman toute jeune sans sourcils et sans cheveux…qui se bat contre le cancer.  Je lui ai  souri et lui  ai dit "l’important c’est le sourire"….elle m’a dit "quoi? "J’ai dit "oui le sourire….vous a-t-elle souri quand elle vous a vue tout a l’heure?"  "Oh oui elle m’a souri madame si vous l’aviez vue!"  Puis j’ai ajouté,  "ce ne sont pas tous ces pas à côté d’elle en ce moment qui sont importants mais bien le bonheur que vous avez procuré à votre enfant en venant!"

 Je me retourne à nouveau vers elle, apercevant des larmes sur ses joues blanches.  Sur le coup je ne sais pas quoi faire, quoi dire de plus….  Je n’ai aucune réplique ni question à ajouter... moi qui d’habitude doit les retenir constamment, je ne trouve rien!  Puis elle se met à me raconter son cancer, ses chances de s’en sortir….minime…. et sa peur de laisser ses deux enfants de 5 et 3 ans. 

J’ai la gorge serrée, l’air se respire même péniblement…c’est l’envie de pleurer qui me tenaille…Elle me dit à la toute fin :   "Si je meurs comment elle fera pour se souvenir de moi, pour se débrouiller, pour devenir une bonne fille si sa maman n’est pas là pour lui apprendre, comment je saurai qu’elle est heureuse! "   Il me vient d’abord les phrases toutes faites du genre…"voyons vous allez vous en sortir…vous êtes forte…ne baissez pas les bras"…ces phrases qu’elle a dû entendre si souvent mais rien ne sort de ma bouche.   Puis je me retourne pour regarder mes deux petites fées restées  un peu plus loin et je vois leurs sourires, ils me font de grands signes pour dire bonjour….je souris.

Puis je lui lance sans même y penser : "le bonheur n'est pas si simple qu'il n'y parait hein! En fait, il peut même se révéler aussi complexe que la tristesse. Car le bonheur n'est pas seulement une carte postale teintée de rose. C'est un état humain tissé d'efforts, de sacrifices et de satisfactions, d'acceptations et de sérénité. Pour atteindre le bonheur il faut souvent peiner. Le bonheur se gagne, peut-être même se mérite-t-il. Je ne sais pas. Mais je sais que ce n'est pas une assiette de plaisirs qui se déguste goulûment.   Vous le savez vous maintenant, vous connaissez son prix, ses efforts et sa saveur.  C’est ça que vous avez offert à votre fille tout à l’heure, c’est ce dont elle se rappellera toute sa vie.  Ce n’est pas le nombre de pas que vous faites qui fait la différence, c’est le bonheur que vous avez semé.   Tout parent est responsable d’une graine de futur qu’il doit cultiver en sa maison.   Voilà ce que vous faites, ce dont elle se souviendra, ce qu’elle enseignera à son tour…. Plusieurs ont la chance d’avoir une longue vie pour l’enseigner, certains ont moins de temps, mais vous savez maintenant, vous l’avez compris ce qu’il  faut montrer, apprendre et faire grandir….  Votre présence lui manquera toute sa vie, si vous quittez ce monde mais votre apprentissage, vos valeurs, votre force et le bonheur ça elle l’a pour toujours en elle, vous lui avez semé…appris et vous vivrez toujours en elle.    Chaque jour je tends vers le bonheur de chacun m’y incluant…. Vous faites la même chose et ça fait de vous une super maman, la sienne!"

Ses larmes roulent mais elle sourit, elle me dit que je la réconforte, que personne ne lui a jamais parlé comme ça,  puis la troupe qui parade montre son bout de nez au coin de la rue.  Elle essuie ses larmes en vitesse et va avec moi vers ces enfants qui sont les nôtres… Je vois sa fille courir pour finir dans ses bras.  Mon fils arrive et m’assaille de questions.  J’essaie de répondre à tout, la quittant du même coup du regard.  

 Lorsque je me prépare à quitter avec mon fils et mes deux fées, j’aperçois au loin une maman foulard au vent avec une petite fille la tenant par la main.   Je ne sais pas qui elle est, je ne sais pas ce qu’elle deviendra mais je sais une chose une seule….elle a le plus beau sourire du monde.   Ce soir j'ai énormément pensé à elle et de petites larmes se sont glissées sur ma joue.  Je leur souhaite le meilleur...

 Aussi, en ce vendredi humide, jour où j’ai écrit ce texte, je m'adresse à vous. Vous qui appréciez ce jardin de Toile. Vous qui passez me voir régulièrement. Merci infiniment de vos sourires invisibles et de votre présence perceptible....

profitons de la vie...c'est si court parfois!

14:46 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |