19/08/2009

Un tout petit grain de sable!

 

 

 Cet été je dois m’adapter à une toute nouvelle réalité….les amis de mon fils!  Il serait la jour et nuit si ce n’était que de lui, il y a toujours un prénom nouveau,  essentiel à sa vie sociale qu’il réclame sans arrêt.  Curieusement ses amis sont plus nombreux depuis l’arrivée de notre piscine dans la cour,  et plus il fait chaud,  plus les copains sont présents !   Moi qui déjà m’occupe de dix personnes dans mon humble demeure je suis souvent un peu moins enthousiaste que lui devant la panoplie d’enfants qui s’attroupent pour   venir jouer.  

Puis il y a deux jours il m’est apparu monsieur reconnaissance, un beau petit garçon de 9 ans, fier de sa personne et extrêmement bien élevé.  Ce jeune homme a un  beau teint bien bazané et un français impeccable mais il est clair qu’il est différent de la masse québécoise telle que nous y sommes habitués. Lorsqu’il a sonné à ma porte j’ai été surprise de voir qu’il était beaucoup plus âgé que mon fils et qu’ils semblaient amis…et de bons amis!    Leurs regards démontraient un plaisir évident à se retrouver.  Le jeune a lancé : je te l’avais dit qu’à mon retour de mes grandes vacances je viendrais te voir…et mon fils de répondre : - ouais t’es vraiment OK!

Je me montre accueillante mais un peu perplexe sur le but  de cet enfant.  Dans mon intérieur je m’entends réfléchir…..Est-ce possible que juste pour se baigner de grands garçons comme ça s’invente des amitiés?   Puis j’observe en silence la relation.   En après midi  mon fils invite son copain à  se baigner et l’autre accepte avec enthousiasme, les rires, les jeux et les cris n’en finissent plus et sagement je reste et demeure celle qui veille sur tous ces poissons ensoleillés. 

A un certain moment donné, monsieur reconnaissance sort de l’eau et il s’assoit près de moi regardant les autres jouer.    J’en profite donc pour lancer mes questions qui me tortillent l’estomac comme une salsa mal digérée.   Je lui demande pourquoi un grand garçon de 9 ans est ami avec mon fils un tout petit de maternelle de 5 ans.   Il me répond donc que mon fils a 5 ans mais en dedans de lui il est plus vieux!  Je trouve sa réponse étonnante et bien dérangeante….je relance donc une autre question : - tu lui parles dans son transport scolaire?

Alors il me regarde avec ses grands yeux noirs qui ne demandent qu’à sourire et il me dit que mon fils mérite son respect.   Avec dignité monsieur reconnaissance me raconte doucement ses épreuves de l’an passé.  Son arrivée en retard pour l’année scolaire, la gang de jeune qui l’intimide, le malmène, le ridiculise, le traite d’importé et de sale musulman. 

Puis il me dit qu’un matin en entrant dans l’autobus il s’est retrouvé dans une  situation difficile où plusieurs grands garçons se sont mis à l’injurier, à lui dire des choses qui le blessaient terriblement au point où il avait envie de pleurer  et que mon fils à ce même moment s’était levé même s’il était l’un des plus petits, il avait avancé de 4 bancs et avait dit bien fort : -viens!  Tu es mon ami… viens t’assoir près de  moi!  

Ce récit se met à me  toucher  de l'intérieur. Je n’arrive plus à l’entendre tellement mon cœur se renverse. Les actes de mon fils me surprennent et  je me sens submergée par une immense émotion, comme je suis fière de mon garçon !   Voyant que je ne dis plus rien il me regarde sagement avec une petite parcelle d’inquiétude….et il ose ajouter….-vous comprenez pourquoi nous sommes amis?  Oh que oui je comprends très bien et tu es le bienvenu chez moi!

A l’heure du coucher ce soir la, j’ai demandé à mon fils pourquoi il avait fait cela dans l’autobus et s’il avait vu qu’il aurait pu avoir de gros problèmes avec les grands et il m’a dit : -Tu sais maman j’ai fait ça parce que personne l’aimait  car il était différent alors moi je savais qu’il fallait l’aimer.  C’est ça que tu fais toi avec les gens ici…tu les aimes malgré leurs différences…et j’aurais crié très fort au chauffeur s’ils m’avaient fait du mal!

Vous savez  la vie se joue du ciel en mettant sur ma route des exemples d’humanité, qui me font  remettre souvent  mon univers en perspective, mais jamais au grand jamais je n’aurais cru avoir semé un si petit grain de sable et que celui-ci un jour serait un de mes plus grands exemples d’humanité ! 

21:46 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

10/08/2009

Presque à la case départ!

 

La mère d’accueil que je suis était devenue  toute fière de sa fée des douceurs.    Il y avait tant de travail de fait sur ses comportements à changer.    À force de nous voir faire, de nous entendre intervenir, elle  avait compris le principe de changer.    Sans compter que depuis son arrivée, il y a déjà deux ans…  je lui expliquais régulièrement les gains de modifier ses comportements dérangeants, ce n’était pas d’hier que nous nous sommes acharnés pour y arriver !  Nous n'entendions que du positif sur sa nouvelle façon d’être...  Puis, nous avons parlé avec ses parents de vacances d’été, de plus d’intégration dans sa famille naturelle….le rêve de tout  parent !  

L’augmentation des visites étant donc de tous les weekends au lieu de un sur deux et de deux semaines de vacances avec eux entrecoupées d’une pause de deux jours ici.   Après un mois,  je me suis rendu compte d’un  changement.  J’ai vite vu qu’elle régressait, elle recommençait à être accaparante, à douter d’elle, à poser des questions dont elle savait les réponses, elle  n’arrivait plus à tenir sa chambre propre ni à garder des relations saines avec les autres.   Elle revenait au mode de son arrivée, à ne vivre que pour un congé chez elle et entre temps elle ripostait, répliquait et se mêlait de tout sauf de ses affaires.  Elle se montrait en deuil lors de son retour ici et avec plus  aucun but mis à  part d’attendre la prochaine sortie chez ses parents.   Elle arborait même une tristesse lourde,  verbalisant préférer être chez ses parents ou selon elle, elle pouvait tout faire, être plus libre ou tout était plus facile !

Du coup, j’ai repensé à  tout le temps que cela avait pris pour qu’elle apporte des changements, pour améliorer ses comportements et je me suis découragée !   Recommencer presque à la case départ, tout ça pour un peu plus de temps en famille naturelle.  Encore une nouvelle fois à appliquer des tonnes d’interventions, des rappels, des pertes de privilèges, entendre des répliques et des larmes et ne pas broncher, abdiquer, se montrer constante, patiente…..encore et encore pendant un temps illimité.   Voilà ce que je devais vivre pour une troisième fois.  Car l’essai avait été tenté l’an passé et le résultat était le même !    Mais cette année je trouve cela encore plus difficile, ma fée des douceurs me connait de plus en plus et elle se montre encore plus réfractaire, opposante à mon autorité.    Jusqu’où cela nous mènera? Retrouvera-t-elle l'autonomie qu’elle avait en juin?  Toute une lourdeur à trainer pour moi, pour sa famille et son intervenante….reliés à  l’échec, au recommencement, aux difficultés mais surtout dus au  questionnement.   Pourquoi elle n'arrive pas à maintenir ses acquis lorsqu'elle va davantage chez elle ?  Je pense sincèrement que c'est de la faute de personne .... même elle ne le fait pas volontairement.  C'est sa différence, sa déficience, sa façon d'interpréter son milieu, sa réalité qui est en cause.    Je ne doute pas de la bonne volonté de tout son entourage qui est tout comme moi, tout comme elle bien décu.

 

 Voilà quelques semaines que nous l’encourageons plus sérieusement à travailler son  mode de fonctionnement.  Des semaines où elle verbalise ses difficultés vingt fois par jour….ou pas une seule journée ne se passe sans ses larmes qui coulent, car elle  même est consciente de ce qu’elle  a perdu.   Elle sait tous les efforts que cela a pris pour y arriver et elle se décourage,  elle  questionne sans arrêt, pourquoi je ne suis pas comme ma sœur ? Pourquoi je perds tous mes acquis ? Pourquoi je suis comme ça ? Vais-je retrouver mes bonnes habitudes ?  D’où ça vient ma maladie ?  Je me hais assez quand je vois que j’ai encore tout perdu !  Et me voilà qui l’encourage mettant de côté mes propres peurs et questionnements.  Je l’écoute, la soutiens et je ne laisse rien passer pour que l’on puisse y arriver.  

Je  persiste à croire que tant que nous lui offrirons un cocon équilibré empreint d’amour et de respect, elle continuera à percevoir que nous ne voulons que son bien-être.  Je persiste à croire que dans ces conditions elle s’épanouira et retrouvera ses acquis. Je refuse d’envisager un avenir fait de querelles et de disputes, ce qu’elle connaissait avant son arrivée chez moi.  Alors je me bats au présent pour cet  idéal. Je prends en main le cours des disciplines. Je l’écoute et je médite. Je sais que l’on traverse une étape difficile, j’ai confiance en ces instincts maternels qui guident mes choix depuis de nombreuses années.

Je n’aime pas me faire d’acier pour ne point plier sous ses charmes et caprices. Je reste un acier souple empreint d’amour et de soutien. Je n’aime pas cette sensation de rigidité qui vient avec la discipline que l’on doit instaurer. Je n’aime pas mais je le dois. Alors je reprends les pratiques de ma main de fer en mon gant de velours. Je cultive mes patiences.  J’échange avec son intervenante et celle qui est responsable de ma famille d’accueil pour me sentir moins seule, pour passer mes colères et mes frustrations.   Car c’est très frustrant de voir anéantir un travail d’une année en quelques semaines….

Je continue de beaucoup lui parler, je continue de lui expliquer toutes sortes de choses, et pour ne pas perdre pied, je hausse le ton. Puis après, doucement, je lui explique pourquoi ce n’est pas permis, pas bien.  Elle ne fait plus de crise, elle est plutôt du style bouderie….et avec un sourire et le cœur bien découragé elle me dit :

" au moins maintenant je ne fais plus de crise hein?  Je vais y arriver hein? Dis-moi que je vais y arriver….."

 

 

 

16:46 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

06/08/2009

apprendre à pédaler....

Deux jours de ménage….deux jours intensifs de ménage.  J’ai littéralement tout frotté  de ma cuisine, repeint une porte et  refait les coulis de mes  trois salles de bains.   Pourquoi ? J’avais cette envie d’oublier ma déception face à moi-même en frottant .   Oui oui ma déception, il m’arrive parfois de  me dégoûter face à mes comportements rigides et inacceptables et les trois quarts du temps c’est à mes enfants que je l’impose! 

 Mon petit trésor, mon fils a eu six ans en juin.  Déjà six belles années dans son cahier d’expérience de vie.   Une vie bien différente de ses copains où il est entouré de personnes handicapées,   où il se doit de partager vingt quatre heures sur vingt quatre sa maman, où il se doit de trouver du temps pour lui, pour nous au travers de cette vie fort occupée.    

Pour cette fin de saison, nous avons décidé de régler un grand problème de l’été….apprendre à faire du vélo à deux roues comme ses amis !   C’est donc sous une pluie de conseils, de supports et de trucs que nous essayons et essayons et réessayons mais rien n’y fait !  Il a peur de tomber, rechigne que sur le sable de mon entrée c’est trop difficile, impossible et compliqué.   Il montre plusieurs signes de faiblesses, de découragement et de doute de soi.  Je compense donc en l’encourageant, le supportant et en étant tout simplement là,  à le regarder essayer et échouer.  

Puis un soir, je cède à ses répliques …j’embarque le petit vélo et l’amène sur la cour d’une école publique asphaltée et parfaite pour réussir.  Bien que je trouve fascinant ce processus parce qu’il me permet d’apprendre à connaitre mon rejeton face aux difficultés, je constate qu’il se laisse abattre facilement, qu’il ne m’écoute pas et cela me dérange et me choque.    Mon ton augmente, ma voix devient rigide et mes paroles de plus en plus dures.  On a tant d’influence sur ces petits que l’on élève, il faut en avoir conscience et ne pas en abuser mais toutes mes bonnes paroles petit à petit deviennent médiocres et malsaines.   Je m’entends lui dire : «  tu te décourages pour rien…allez pousse, pousse, fais donc des efforts,  cesse de niaiser et répliquer et bouge-toi! »

Il poursuit ses essais et accumule les échecs,  il est au bord des larmes et je suis presque au bord de la crise de nerf !    Je perds de plus en plus patience,  puis j’entends un  "ALLO !" lancé bien fort pour attirer mon attention.   Je lève les yeux et je vois la mère d’un petit garçon qui vient en répit  chez moi un weekend  par mois.  Ainsi, elle peut  se reposer  deux petites journées et reprendre le flambeau de  son quotidien  qui est loin d’être facile car ce petit ne marche pas, ne parle pas, démontre une déficience assez  lourde et des troubles de comportements à l’école.

Elle est donc là, devant moi et  elle affiche un beau sourire, sa voix est toute calme et elle me demande si ça va ...  Je réponds à brûle pour point que non ça ne va pas, que de pédaler sur deux roues c’est loin d’être évident pour mon trésor !   Doucement, elle se tourne et  le regarde droit dans les yeux,  lui offrant  un magnifique sourire et le visage sombre de mon fils se transforme en rayon de soleil. 

 - J’aimerais bien moi retourner dans  ce temps-là…ou avoir la chance de montrer cela ! 

  Ses paroles tombent lourdement à l’intérieur de moi.  Ma rage se transforme du coup en souffrance….comme je suis chanceuse de pouvoir apprendre cela à mon fils…puis elle se retourne, m’indique qu’elle travaille à cette école et que chaque jour elle fait le trajet à pied pour se relaxer et prendre l’air.   Elle  nous souhaite une belle soirée et quitte.

  Silence pensif de la mère que je suis et qui n’avait pas considéré sa chance… culpabilité face à ma façon d’être.   Il me regarde et me sourit

-  je deviendrai  bon maman je te le promets!  

- Tu es déjà bien bon mon garçon pour essayer sans arrêt,  m’écouter ordonner et continuer encore et encore! 

   Il met son vélo par terre et vient m’entourer de ses petits bras en m’embrassant.

   Être parent, c’est grandir au contact de l’enfant qui transforme notre présent.  C’est accepter ses différences et  prendre le temps de voir grandir celui-ci à son rythme.

Je suis une mère très chanceuse d’avoir un fils comme le mien.  Elle est une mère bien courageuse….

 Après cet événement, je vous jure que j’ai relâché la bride et que je me suis montrer patiente, aimante et encourageante….félicitant chaque coup de pédale de plus, lui démontrant comme il l’avait presque eu, comme il avait bien donné le coup d’envoi et un bon après midi il a réussi !

Voila!

Elle m’a donné toute une leçon de vie et une juste raison pour relâcher quelques onces de sévérité et entourer mon enfant d’un amour sans faille…..

Merci !

15:34 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |