30/06/2009

être mère....

PL160

Dans un débordement de tâches, je vole une heure de solitude, rien qu'une minuscule heure pour étaler des mots sur une page blanche un peu comme de la confiture sur une tranche de pain.    J’ai reçu ce week-end de la visite en vacances. Une d’elle portait bien fièrement un mont d’amour dans ses entrailles.  Un petit être à ses côtés affichait ses trois ans avec fierté et bonne humeur. A un certain moment le tout petit m’a prise par la main.  Du coup, la mère que je suis a senti une petite mélancolie à la pensée de toutes ces années déjà passées.   Je me suis souvenu du jour où j’ai donné naissance à ma fille, de ce nouvel amour que je ne connaissais point qui s’installa dans ma vie. De la façon dont je suis tombée sous son charme.   Un amour qui a jailli du plus profond de mes entrailles. Un amour qui m’a  possédée  toute entière.   Le seul amour pour lequel  j’ai accepté délibérément de m’oublier pour un autre être et de lui donner toute la place nécessaire pour grandir et évoluer.  Un sentiment si fort qu’il m’a poussée à donner une seconde fois naissance à mon fils pour revivre toute cette intensité, tout ce bonheur, toutes ces craintes aussi.   Je me rappelle mes peurs à devenir mère, les limites auxquelles j’ai dû faire face, la douleur de la déception  face à certains mots ou gestes faits par mes enfants et la façon dont je me suis prise pour les taire pour ne pas leur nuire ou les blesser.    Alors qu’aujourd’hui mes craintes intimes se situent au niveau relationnel.    L'amour que l'on peut ressentir pour son enfant est toute une aventure humaine !  

Cela me ramène à ces parents qui acceptent pour le mieux-être de leurs rejetons de les laisser sous ma garde en famille d’accueil.  Je vis et revis les soubresauts reliés à de tels placements si souvent.   Juste des mots…. qui se rouillent et dérouillent indépendamment de l’ampleur de leurs émotions ressenties telles que la culpabilité, le regret, la déception de ne pas y être arrivé, le découragement, la douleur et parfois la jalousie.   Il y a des jours où j’en veux à certains parents de se plaindre pour des détails, où je me décourage à voir le relâchement qu’il y a eu lors de visites chez eux, de vacances. Puis je prends un recul et dans le silence de mes solitudes,  je constate à quel point ces parents aiment et vivent eux aussi énormément d’émotions et de difficultés  juste parce qu’un jour ils ont choisi d’aimer et de donner la vie à de petits êtres qui se sont avérés différents.   J’aime pourtant me transformer à leur contact et les voir changer au mien.  C’est une évolution pour chacun d’entre nous même pour ces parents.  Dernièrement, la maman d’une de mes protégés mentionnait à l’école de sa fille que sans moi elle n’y arriverait pas, de la voir reconnaitre tout le chemin fait en étant chez moi et toute la détresse qu’elle vivait face à son enfant m’a fait prendre conscience d’une chose….une seule en fait….être maman qu’importe le titre ….maman d’adoption, maman d’accueil ou maman naturelle ….être mère ne veut en fait dire qu’une chose :

Maman : personne qui accepte d’aimer sans limite pour permettre à un être d’accéder  au meilleur de lui-même.

21:11 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

16/06/2009

En pleine tempête!

 Here_to_read_the_future___by_AtraDomina1

Je rêve de palmiers roses, d’océan de gentillesse, de ciels doux et de marée de calme. 

Je voudrais ce soir, défricher le maximum d’espace possible pour mieux vivre en toute liberté…

 Certaines journées  sont plus difficiles  que d'autres.  Pour mon papillon c’est un jour morose, elle crie, sacre, se rebelle pour tout et pour rien.  Ce soir elle a réussi à casser une fenêtre dans sa crise de nerfs !   Ignorer et protéger mon entourage est tout ce qu’il y a à faire….mon fils a peur, je le vois dans son regard ! 

J’accepte sans broncher sa colère et ses mots impolis  mais jusqu’où irais-je avec ce papillon rebelle ? Quelle sera ma limite? 

Je n’aime pas voir mon fils apeuré, souvent je suis face à une réalité difficile….Dois-je continuer de poursuivre le placement à la maison ou donner priorité à mon fils et au reste de mon clan?

Mettre une limite, voila où j’en suis ce soir….mettre ma propre limite pour la dire haut et fort ensuite aux intervenants, comme ça ils sauront jusqu’où j’irai !   Je me dois de réfléchir, cet  essoufflement n’est pas là pour rien!  Comme j’ai envie de liberté ce soir, de douceur et de calme….pourtant toute ma petite famille reconstituée est en furie.  La fin des classes rend très fébrile…les émotions se gèrent moins bien, la fatigue est plus grande….et mon essoufflement compréhensible……

Parfois il m'arrive d'être découragée, lorsque je réalise à quel point mon espace personnel est rendu mince.

C’est triste lorsqu’il faut mettre une limite….triste de voir la peur dans les beaux yeux bleus de son fils….

Je suis triste ce soir….

14:13 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

14/06/2009

le bel officier!

officier-et-gentl-ii-82-01-g

Voici une fin de semaine qui nous assomme d'une chaleur étonnante, l'atmosphère tropicale de ces deux derniers jours est presque déstabilisante !  L'été est donc officiellement arrivé.   J'attrape des morceaux de présent. Les heures me glissent entre les doigts...

Nous décidons malgré un spectacle aérien qui nous intéresse au plus haut point de ne pas bouger de la maison.   Notre petite dernière arrivée déplace encore trop de vagues et de remous pour se permettre une sortie en public…elle réagit si promptement  parfois!

Ce matin alors que je « somnambule » un peu en préparant mon café, elle sautille autour de moi, elle remue l'air en quelques cabrioles et me dit à de nombreuses  reprises : « c’est à quelle heure le spectacle?...pourquoi tu ne veux pas nous y amener? Es -tu tout le temps plate comme ça? C’est l’institut ici ? » Elle ne lâche pas le morceau !

  J’interviens doucement,  je lui explique les principes de ma maison et  les bases de la vie, et que je la sermonne un petit coup.  Le temps d’une gorgée de café chaud!  Elle réplique,  mais ferme je tiens mon point.   Je m’approche d’elle et l’enserre de mes lianes en la rassurant sur la qualité possible de sa journée si elle concède du terrain au bonheur et à la bonne humeur.   Je la serre contre mon cœur battant et je tais le film de mes angoisses qui ont déjà débuté : Comment arriverais-je à donner autant à cet enfant sans m'y perdre entièrement ? Vais-je y arriver ? 

Le repas du dîner se présente joyeux… il y a certes des rappels de comportements à garder mais petit à petit, nous  raffermissons sur la discipline et les comportements se modifient.  

Et la journée file au travers de leurs éclats de rire, de leur "haaaaaaa" et leur "regarde ça! "  Il y a des avantages à vivre près d’une base aérienne quand même !

Vers l’heure du souper tout mon petit monde peuplé de différences est emballé de sa journée et se dit pleinement satisfait et ce malgré quelques rougeurs sur les épaules de l’une et la cuisse de l’autre.  

Puis dame papillon aperçoit sur le trottoir un bel officier tout de blanc vêtu.   Elle me dit d’abord " regarde!"  et je lui indique que c’est un officier des forces canadiennes.  Elle se met à crier par la fenêtre et court vers la porte d’entrée pour le rejoindre.  J’interviens en élevant la voix, en fait,  il n’y a qu’un "NON" qui sort de ma bouche.   Elle gèle sur place, se retourne et me fixe d’un regard plein de haine et de colère ! « Pourquoi je ne peux aller lui parler ? Pourquoi? »   Je lui indique que c’est un étranger, que ses comportements ne sont pas adéquats, que c’est impoli cette façon d’engager la conversation. 

  Elle se met  à se rebeller, se fait les dents sur la maman d’accueil que je suis.  Elle se montre impolie, insolente….je serre la mâchoire mais il m’est de plus en plus difficile de garder mon calme.    J'ai les nerfs qui grincent. ….. Puis la mère bien installée en ma peau prend le contrôle de la situation. Elle fait taire ma révolte intérieure et fait le décompte : «  Va dans ta chambre…un.  Va dans ta chambre….deux!   Va dans ta….et elle quitte les lieux pour sa chambre sachant très bien qu’à trois je l’aurais reconduite moi-même. »   Elle sait aussi qu’elle devra s’excuser si elle veut sortir. 

Entre temps mon papa décide de nous rendre visite.  Le sachant là elle crie et m’injure. S'en suit un flot d'insultes que j'ignore royalement. La tête haute, le sang bouillonnant, je retiens le reste  de mes émotions.  Elle sacre, et va jusqu'à tirer des objets dans sa chambre….et je l’ignore encore… à la grande surprise de mon père qui me regarde stoïquement!  «C’est un processus papa à prendre lors de  terrain miné ! »

Finalement, sa bouderie dura trois heures pour ensuite venir se blottir contre moi en me demandant pardon et en me questionnant sur mon affection pour elle.   Et de ma voix la plus douce, cachant sous mes jupons tous les mots durs et méchants entendus,  je lui ai rappelé que ce genre de crise chez moi ne donne rien, mise à part l’ignorance.

 

Soulagés de voir tomber cette tension, tous rigolent et sourient lors de la collation, elle y compris !  Je la regarde s’épanouir  et mes pensées convergent vers ce petit caneton esseulé qu’elle est  et je songe au même manège qui recommencera peut-être  le jour suivant et celui d’après et ainsi de suite...

Ai-je eu l’air de passer une sale journée…?

23:06 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

05/06/2009

Une petite nouvelle !

A brûle pourpoint, c’est en toute vitesse qu’elle arrive sous mon toit.  Après un départ de sa famille naturelle, une famille de dépannage en attendant qu’on lui trouve un autre milieu  pour un placement à temps complet, un essai dans un autre endroit  où la dame se fait opérer d’urgence  et ne peut la garder, ...   la voici qui arrive chez moi.   Du haut de ses 14 ans, avec sa déficience intellectuelle, ses troubles d’oppositions et d’attachement  elle se présente à tous et à mon grand soulagement ils lui font un chaleureux accueil. Je lui propose de visiter sa chambre, en moins de deux, elle poursuit sa visite de chambre en chambre. Chacun, chacune lui montre son petit monde et même si ma jeune nouvelle courageuse est barbouillée de noir de la tête au pied et nous impose son monde gothique aucun n’en fait mention et montre un réel effort pour faire connaissance.   Je les regarde un à un mettre leurs limites, parler d’eux et je suis bien fière.  Je me remémore l’arrivée de chacun d’entre eux et je constate le grand bout de chemin qu’ils ont fait !

   Ces  humains qui occupent ma chaumière savent très bien l’anxiété d’une arrivée dans un nouveau milieu  puisqu’ils sont tous déjà passés par là! 

 De mon côté, je sais bien que je devrai faire un   tour de magie dans les jours qui viennent : réussir l’intégration de cette jeune fille le plus rapidement possible.

  Je chercherai   à  mieux la connaître, pour l’aider lorsque  le temps viendra à se battre  contre ces  irrémédiables marées intérieures qui forment ses tissus d’existence.

  L’humanité est parcourue de milliards de détresses. Toutes différentes, toutes pareilles, variant selon les circonstances, avec en leur sein la même essence. Graines de souffrances…chacun porte en soi une trace….qu’on le veuille ou non ça fait partie de la vie et certains ont la trace d’un dinosaure en plein cœur !

C'est tout un changement d'environnement pour mademoiselle Prunelle.   Elle n’a jamais été couvée au creux de mes jupons, elle m’approche avec une certaine méfiance mais déjà en 24 heures elle se laisse serrer entre mes lianes.   Je sais que ce n'est pas facile  mais j'ai confiance en ses capacités.  Je remarque que  ses sourires  sont furtifs, que  ses grands yeux foncés sont  remplis d'émotion, cela me transperce le cœur.. « Je suis roumaine le savais tu? Je suis adoptée … » Je feins l’ignorance pour la laisser se raconter,  je la regarde et lui souris ….j’ai une nouvelle responsabilité qui me lie à elle…...  C'est un sacré processus que de devenir maman d’accueil ...

16:59 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

On n'arrête jamais!

Entre deux tâches de ma vie quotidienne, je lance un subtil appel  sur mon MSN.   Mon  amie Katt est normalement toujours entourée de ses enfants un weekend sur deux et d’habitude c’est le même weekend  où moi, de mon côté, j’ai mes dépannages en plus de ma grande famille reconstituée.  Je m’occupe de deux de plus pour donner du répit à leur famille naturelle. 

 Katt se montre présente dès mon premier appel et nous prenons en l’espace de cinq phrases le pouls de nos vies….Elle me lance cet après-midi un "Sais-tu qu’ on n’arrête jamais ???"   C’est vrai la vie est une multitude de tâches à faire et à répéter et plus il y a de personnes à s’occuper et plus il y a de choses à faire.

Je n’ose pas m’opposer à sa phrase car elle a bien raison mais je me tais également sur le fait que lors de mes vacances qui ont duré deux semaines, à la fin je commençais à m’ennuyer de mes tâches qui n’arrêtent jamais!   Elle m’aurait surement crêpé le chignon!!! Sourire.

   Plus il y a de personnes dans une maison, plus une mère a des tâches à faire.   Mon horaire est un vrai  enfer pour ceux qui rêvent de liberté et de petite douceur de vie.  Mon lever se fait à 5h30 et je me dois de naviguer entre les personnes dont je m’occupe et les tâches à faire  jusqu'à 22h.  C’est sous un torrent de lavages, de boites à goûter à préparer, de bains à donner et de repas à concocter que mes journées passent et disparaissent. Lorsque je quitte pour des vacances, c’est ma sœur qui me remplace et à chaque fois je me dois de lui  faire un livre de la routine à suivre et des choses à faire.   Et à chaque retour elle me dit triomphalement : "J’ai réussi mais je ne sais pas comment tu fais pour vivre ça quotidiennement!"

En fait j’utilise la loi de Suzanne !  Suzanne est mon ex-belle-sœur mais aussi et surtout ma grande amie.  Elle a élevé cinq merveilleux enfants toute seule.   Je me souviens de toutes nos marches de soirée où elle se livrait au gré des tempêtes et des marées de sa petite vie.   Et  aujourd’hui je peux vous assurer que  si ça marche chez nous c’est grâce à sa loi…oui ! Oui ! Sa façon de faire et de vivre sa vie.  

Vous savez sûrement que  la vie peut être longue et complexe!   Tant d’étapes à franchir, d’obstacles à surmonter, de désirs à apprivoiser, d’émotions à gérer, tant de conditions avant d’atteindre l’insondable équilibre de l’être.    Le bonheur est une chose, l’équilibre en est une autre.   Sans y mettre les mots,  Suzanne l’avait bien compris et elle arborait une méthode bien à elle  pour le "on arrête jamais!".

 Rendre chaque obligation moins pénible pour tendre vers les petits bonheurs.  

  D’accord faut faire le souper mais on peut très bien faire le repas qui nous plait, mettre la vaisselle des grands jours.   Et de la vaisselle laissée dans un évier un soir, ça ne se sauve pas!  Oui je devrais la faire !  Mais je peux choisir le temps et le comment de chaque chose à faire.  J’ai encore l’image en souvenir d’une Suzanne assise sur un coin de sofa, chat bien étendu sur ses cuisses, sirotant son café tiède en prenant le temps de parler à ceux qu’elle aime…et ce même si elle croulait sous les tâches à faire! 

 Chez moi j’ai une chance inouïe….je suis maitresse de toutes ces tâches à faire, s’il me plait d’écouter la télévision en pliant 5 lavages qui sont une de mes taches quotidiennes et bien c’est ce qui arrive !    Et l’été je fais toutes les manucures et pédicures au soleil….en inventant un salon de soins des pieds, les filles adorent ça et la tâche s’effectue.  Et les tâches, je les partage, je les boude, je les repousse, je remets parfois ma démission et j’ingurgite du café souvent sur un coin de sofa en souriant devant les petites joies quotidiennes tel que Suzanne se le permettait en regardant ses chats qui continuellement la faisaient sourire….  

J’ai consacré  la majeure partie de mon existence à façonner ma vie.   Je suis allée au bout de mes limites pour les tester, les suspecter et les repousser et je me suis plus d’une fois cassé le bout du nez !  Je m’inspire  du passé pour composer mon quotidien mais j’ai su ne pas m’accrocher les pieds.  Je travaille toujours sur moi-même à temps plein, sans jamais me prendre trop au sérieux!   Mais j’ai surtout appris une chose…il faut savoir oublier les heures de labeur pour savourer un instant de bonheur….Déguster les amuse-gueules de la vie ça c’est la belle vie!

16:58 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

MONSIEUR X

Avant de me décider à devenir famille d’accueil entièrement j’ai débuté cette merveilleuse aventure par l’intégration de deux personnes.  Cela me permit de voir si j’aimais vraiment le concept de  gens à la maison 24 heures sur 24.   J’ai donc pris un poste à temps partiel comme éducatrice spécialisée  à ma commission scolaire  dans une école primaire en psycho-pathologie.     Je ne travaillais point pour le salaire,  mais davantage pour garder des liens sociaux avec des gens de l’extérieur.   J’avais encore besoin,  dans cette période de ma vie, de côtoyer  quotidiennement des gens du monde professionnel.   Chaque période de pause était un moment privilégié pour échanger avec des enseignants, des éducateurs et toute une panoplie de personnel relié a mon école.   J’adorais cela!

Un midi, je me suis retrouvée avec ma collègue éducatrice qui connaissait tout de ma vie et trois enseignants.    Aucun des trois ne me connaissaient personnellement, ils ne savaient rien de ma vie personnelle.    Un des trois commença à déblatérer sur les comportements d’une des jeunes filles qu’il avait dans sa classe.   La conversation était animée et lentement elle glissa sur le fait que cette jeune était en famille d’accueil.   L’enseignant décrivait la famille d’accueil comme des gens qui voulaient faire des sous et qui n’avaient aucunement envie d’aider cette jeune fille.   Je me souviens du trouble qui s’installa en moi et du moment où j’ai pris parole.   Je lui dis d’abord qu’une famille d’accueil doit correspondre à certaines normes, qu’ils sont surveillés, qu’ils ont des comptes à rendre et que pour vivre toujours avec des jeunes en difficultés il faut avoir en soi un besoin d’aider et je lui ai demandé s’il savait combien était payée une famille d’accueil !

  Il me répondit du tac au tac que toutes les familles d’accueil n’avaient qu’une envie et c’était de faire de l’argent!  Ma collègue s’en mêla, sachant que j’étais UNE famille d’accueil,  elle essaya d’arranger le discours du monsieur, de nuancer ses dires….Nous marchions dans une vase de plus en plus gluante…je n’avais qu’une envie et c’était de faire valser ce monsieur la face première  dans la boue pour ainsi recouvrir son intolérance et son jugement inapproprié, mais je choisis de  taire ce que j’étais lorsque je rentrais chez moi.

Je lui dis tout de même qu’il avait une tendance à mettre tout le monde dans le même bateau et qu’à ce rythme il risquait de le voir tanguer et lui de rouler sur le dos sur les  fortes vagues qu’il causait.   Il me foudroya d’un regard écorchant et ajouta que depuis qu’il enseignait il en avait vu et revu et qu’il savait ce qu’il disait!

Apres la sonnerie du retour en classe ma collègue s’excusa pour ce monsieur le professeur, elle semblait gênée et troublée par l’événement …je lui dis seulement : ce n’est pas grave parfois la vie amène des leçons, il finira sûrement comme ses élèves et il en recevra une un jour !

Vers la fin de l’année,  l’école organisait des activités à l’extérieur pour les jeunes, un semblant de fête foraine et comme tous les ans,  il manquait d’aidants pour ce jour.   J’ai donc inscrit mes deux personnes que j’avais en famille d’accueil pour aider.    Je savais qu’ils le pouvaient et qu’ils seraient sûrement heureux de vivre cela en ma compagnie.   Le contact des jeunes serait bénéfique pour eux.  

Ce matin-là, je suis passée voir avec quelle classe j’étais jumelée et je découvris que mes deux protégés passeraient la journée avec monsieur X le professeur à l’idée préconçue….j’avoue que j’ai d’abord essayé de faire changer cela ! Comme c’était impossible,  j’ai finalement échangé avec une collègue pour passer la journée avec monsieur X et mes deux protégés.   Je soupirais à l’avance devant LA journée à passer ….


Je pense qu'il est important de respecter le fait que nous sommes différents.   En nos différences résident nos richesses humaines. Aussi, tant que la personne  n'est pas affectée de carences émotionnelles qui le feront souffrir pour le restant de ses jours, l'on peut bien devenir ce qu'il nous plait d'être... Si la personne fut blessée et marquée le défi sera alors triplé mais il reste toujours un possible, une possibilité de se réaliser mais il n'existe aucun moyen d’effacer le passé, il faut apprendre à vivre avec. 

Monsieur X en voyant son équipe fit la grimace, j’en déduis aujourd’hui que c’est en me voyant qu’il se dérida !  La journée débuta avec des consignes claires de sa part et sans aucun échange.   C’est vers le  midi qu’il échangea  davantage avec mes protégés, il ne savait pas qu’ils étaient en famille d’accueil chez moi.  Il parla de leurs différences, de leurs difficultés, la plus  jeune de mes protégés parlait de s’accrocher d’abord à  une branche. Puis d’apprendre à y grimper. Atteindre des paliers mais un à la fois. De s’y  reposer s’il le fallait. De prendre du temps pour soi. De retrouver son souffle  quand c’était difficile. De respirer. De se donner le droit d'exister. D’ajuster les normes du réel à sa propre personnalité. De suspendre son existence aux ailes de ses rêves, de ses espoir...monsieur  X semblait submergé.  Il était si ébloui par elle qu’il vint me dire qu’il trouvait cette jeune incroyable.  Il ajouta que  ca ne devait pas être facile pour ses parents tous les jours….qu’ une jeune comme ça avec une déficience physique et intellectuelle ça demande des soins particuliers, une aide psychologique quotidienne.  Il dit : imagine si elle raconte tout ça tout l’effort qu’a mis sa mère pour qu’elle arrive à croire en ses rêves, en elle!

D’une voix douce, je lui dis que le temps que je passe avec elle lui est totalement consacré. Que dans ce temps-là, je ne pense plus qu'à elle. Je m'oublie partiellement. Ses besoins deviennent les miens. Je m'intéresse à son individualité. Je tente de me mettre à sa place pour bien comprendre ses limites et ne pas les outrepasser.  Je lui permets de s’exprimer clairement, de prendre position de dire ses émotions.   Cela m’aide à mieux comprendre ce qui se passe dans sa tête.   Et je le répète au gré du nombre de personnes qui vivent dans ma maison.  Je me permets aussi de prendre du recul, de la forcer à me laisser du temps pour moi, de lui montrer l’indépendance, la débrouillardise…tout ça souvent expliqué par des comparaisons imagées pour que cela soit plus facile à comprendre. 

Je lui ai ajouté que sa maman était  un être exceptionnel qui l’a amenée sous son toit aussi loin qu’elle le pouvait mais qu'un jour elle eut besoin d’une famille d’accueil pour poursuivre le travail fort bien amorcé….

Je lui dis : "tu sais monsieur X pourquoi je suis famille d’accueil?

Je vais te le dire,  c’est qu’au fin fond de moi-même j’aime bien ces individus qui me stabilisent l’être et me ramènent à l’essentiel!"

Et en son milieu, dans une cour d’école où il  émergeait d'une brume épaisse, il accosta enfin…

Ainsi parfois se font les leçons!

16:56 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

métier: mère d'accueil...

  

    La mère que je suis devenue est bien dans sa peau de maman.    J'apprécie cette relation que nous construisons chaque jour avec chacun d’eux.      Chaque être qui est dans ma maisonnée dessine ce qu’il deviendra. Cela me fascine. Semaine après semaine, je les regarde changer, évoluer. Je découvre leur propre personnalité. J'en relève les nuances et j’apprends à vivre avec et près d’eux.   Parfois je ne suis pas certaine de qui en apprend le plus à l'autre. À leurs côtés, je mûris. J'approfondis mes connaissances humaines.

Jour après jour j'observe  leur être prendre place en ce monde, en mon monde. Avec eux, je découvre l'amour sous une toute autre perspective.  J’apprends à vivre en famille reconstituée mais en multipliant les parents et les liens familiaux par un nombre indéfini de personnes  qui me côtoient, demandent,  parfois exigent avec comme seul mandat le mieux-être de leur progéniture…. C’est un peu comme vivre la reconstruction d’une famille après un divorce, les ex sont présent, ils amènent leurs couleurs,  leurs valeurs, demandent du temps avec eux, exigent certaines choses et tu dois arriver à des milliers de compromis !   Mais avec une grande différence…. ils ne seront jamais ex car ils restent et demeurent le pilier principal de leur enfant et si l’intégration se passe bien souvent la confiance prend place et tous ces liens deviennent des collaborateurs exceptionnels pour le mieux-être de leurs enfants.   Des guides, des complices et d’excellentes référencse lors des jours de questions sans réponse.  

      Je réalise que je suis la mère des différences, celle qui se doit d’observer et qui relève le nez souvent pour mieux penser  mes actions pour souvent panser leurs actions…derrière tout comportement se cache une raison, un pourquoi…mon rôle est de voir derrière  tout cela…et pour les jours où je ne vois pas je me dois d’aimer tout simplement sans me poser de question. 

  Chacun d’eux porte en lui des diagnostics tous aussi lourds les uns que les autres…des mots longs comme une autoroute, souvent ils les accumulent  pour devenir des paragraphes entiers.   Mon univers est fait de termes tel que autisme, déficience, problèmes de comportement, sénilité précoce, trouble de l’attachement, accaparant, ataxie et j’en passe quelques paragraphes.


Mais la base reste la même pour tous !  Je réalise  que nous sommes le terreau d'où chacun  prend racine. Il nous faut donc labourer, arroser, fertiliser, cultiver... Jardiner notre humanité en fonction de leurs réalités… et les jours plus difficiles, où la patience se perd, où les questions restent sans réponse, où souvent je reste obnibulée par les moyens à trouver pour mieux aider….j’attends juste les jours de soleil….car ils viennent toujours après la pluie, toujours.

 Mais quel bonheur que de les voir se développer, s'exprimer, exister ! Répondre à leurs questions.  Entrevoir le monde à travers la fraicheur de leurs handicaps, leurs déficiences et  leurs différences. Goûter à cette affection profonde qu’ils  nous offrent sur un plateau. Comprendre l’individualité de chacun  pour  mieux  guider dans le quotidien.

Vous imaginez tous ces beaux diamants bruts que j’ai la chance de côtoyer?

Chaque jour est un cadeau.   Une aventure fabuleuse dans un monde de différences avec des défis gros comme la Terre mais sans temps défini pour obtenir des réussites.

Il ne s’agit que d’y croire....

16:53 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

un départ...

Depuis trois semaines monsieur été fait de la résistance avec insistance.  Il collectionne les bêtises et les rebellions en tout genre. Dire qu’avant mes vacances tout se passait merveilleusement bien, je m'étais justement dit qu’il  venait de se dépasser, que nous avions fait des pas de géant. Pas une seule punition à donner ! Des tableaux de comportement impeccable et il avait fait des choix qui prouvaient qu’il voulait rester près de nous, qu’enfin il acceptait l’amour que nous lui donnions. C'était trop beau pour durer. Comme le calme avant la tempête.... Si tout le monde parle avec terreur des étapes de la préadolescence, de mon coté je trouve les problèmes d’attachement bien plus effrayants. Maintenant qu'il est certain de notre amour, monsieur été commence à  nous envoyer paître. Dès que l'on essaie de sensibiliser sa petite personne à certaines bases de la vie, l'insolence pointe le bout de son nez et les comportements perturbants font place, surtout la nuit !    S'adapter aux rythmes de son évolution n'est pas toujours évident...mais je tiens le cap et j’encaisse tout son mal intérieur à coup de mauvais coups.

Du haut de ses onze ans,  il teste notre amour et nous tient  tête avec conviction. Il sait batailler, résister, contester, provoquer.  En tant que parents d’accueil, c'est dans ces  ouragans qu'il faut aller chercher en soi des trésors de patience. Des trésors de patience cachés au fond d'océans de calme et de contrôle mental. Alors que l'enfance brisée fait sa révolution, côté parental, il ne faut pas flancher, ne pas s'énerver, ne pas crier, ne pas perdre son calme.  Rester constante et solide ! S'accrocher dans la tempête du jour et tenir fermement la barre.   Cela vient remuer les profondeurs de l'être humain. Il faut puiser dans toutes ses ressources d'adulte pour ne pas grimper aux rideaux.


Je crois que c'est ce qui me plait le moins dans tout cela. C’est qu’il est  humain, comme nous tous, plus il grandit et plus il devra exploiter ses qualités et soigner ses défauts mais avec toute sa carence affective il n’en est pas là.   Ses journées et ses nuits se passent à nous tester, à inventer  les pires coups pour nous faire réagir, pour nous faire le rejeter : cette semaine il vole, se montre nu et se masturbe, urine sur nos brosses à dents, fait de la violence aux autres plus petit que lui et il sourit à chaque fois que je lui remets ses comportements inacceptables en face a face.     Alors j'essaie d’accepter  cette vérité. J'accepte l'idée que certaines semaines couleront comme de l'eau de source tandis que d'autres ressembleront à une rivière en furie. Ainsi va la vie...

Je prends les moyens nécessaires pour confronter cette réalité. Entre temps, j'essaie de lui expliquer le principe du mensonge, des limites à ne pas atteindre, du respect mais rien ne colle.  Côté conneries quotidiennes, je lui laisse une certaine marge de manœuvre. Ma sévérité a aussi ses limites. Je ne veux pas être qu'une maman d’accueil gendarme.   Malgré tout, je recherche un certain équilibre entre sévérité et liberté. Pas facile à trouver. Ces moments-là se déroulent sur une fine frontière entre sévir et laisser faire. Pendant ce temps monsieur été  s'éveille à notre monde d’affection. Il en comprend de plus en plus de choses. Il se positionne. Après un an dans notre foyer, il commence à accepter notre tendresse et parfois une collade.   Il  se transforme, se métamorphose de chenille en papillon.   Il parle parfois du passé, des sévices reçus, du vécu qui fait si mal…se questionne haut et fort et me demande le pourquoi !

Nous avons le devoir de le guider tout le long de ce sentier ardu qui le mènera à sa maturité...ou tout au moins à un certain équilibre intérieur.   Jusqu’ou irons-nous?

Je n’en sais rien…parfois j’imagine qu’il grandira dans mon foyer, d’autres fois je constate bien qu’il est trop brisé pour y arriver… mais je me dois de croire en lui chaque jour, malgré tout en acceptant les lits souillés, les dégâts et sa rébellion.   Certains soirs je m’interroge, pourquoi lui, pourquoi vivre de telles douleurs lorsqu’on est bébé et que l’on a rien demander….

Hier il nous a quittés pour retourner en centre d’accueil, milieu moins confrontant pour lui où il n’aura pas à vivre aussi intensément les liens et l’affection d’une famille.  A son départ il semblait soulagé.  Je l’ai serré après lui avoir demandé s’il voulait un colleux….il a dit oui et je lui ai spécifié que je continuais de l’aimer mais que ses comportements n’étaient plus acceptables dans mon logis.   Il m’a juste dit OK et il est sorti, après avoir essayé de mettre le feu dans son tiroir de bureau et de faire boire de l’anti moustique  à mon fils, trois semaines où il ne dormait pratiquement plus pour voler et salir la maison….j’ai renoncé et l’ai remis à l’autorité qui pouvait lui assurer protection et surveillance plus accrues….et il ne me reste que les souvenirs, le manque de sommeil et un dessin qu’il m’a fait un jour de calme.  Je suis en deuil et je suis triste, j’aurais tellement voulu être celle qui ne l’aurait pas quitté et délaissé, celle qui lui aurait prouvé que parfois aimer veut dire ne pas rejeter….mais j’ai abdiqué à bout de force.   J’ose espérer qu’un jour les petites graines que j’aurai semées en lui, germeront et feront de lui un être plus calme et plus heureux.  Ainsi parfois va la vie…..

( tous les noms sont inventés pour garder l'anonymat de mes petits protégés.....je suis certaine que vous comprenez !  )

16:50 Écrit par veronique dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |